Sur un terrain marécageux, exposé au vent, écrasé sous un ciel bas et gris, entouré par une double rangée de fil de fer barbelé sous haute tension, tous les 200 mètres environ se dressait un mirador avec sur les plates-formes des soldats équipés de mitrailleuses. La nuit, des projecteurs balayaient le camp sans interruption. Au-delà on ne voyait que d’immenses étendues recouvertes en hiver d’un linceul de neige. L’hiver semblait ici interminable. Je n’ai pas souvenance de présence d’arbres.

Birkenau était divisé en plusieurs secteurs : le camp de travail, celui des femmes, la quarantaine, le camp des Tziganes, l’infirmerie centrale, etc. Ceux qui n’étaient pas gazés aussitôt arrivés passaient par la quarantaine. S’ils survivaient, ils allaient ultérieurement au camp de travail.

En arrivant, intrigué, j’observais non loin de là des hommes en tenue de bagnards. Courbés et traînant le pas, ils transportaient péniblement des pavés qu’ils prenaient sur un tas pour en faire un autre, un peu plus loin. Ce travail, effectué au même rythme du matin au soir, était considéré comme un moyen de rééducation et d’adaptation à la vie de la quarantaine ! En fait, il était destiné à user l’énergie et le moral des déportés. Il était difficile de résister à ce régime longtemps.

Afin de contrôler, à l’arrivée, notre état physique, on nous obligeait à courir par rangées de cinq. Ceux qui semblaient trop faibles étaient immédiatement éliminés. Parqués ensuite dans une baraque, nous avons été accueillis avec un discours édifiant d’un kapo (Kamp Polizei) ponctuant ses propos de coups de cravache sur ses bottes impeccablement cirées :
« Votre  vie jusqu’à  présent a  été “douce” en comparaison de celle qui vous attend ici ! » 

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Copyright 2007 Patrick Benichou