Je m’étais fait un ami de mon âge, Dev. Il était hollandais, très isolé car ne parlant que sa langue maternelle et un peu d’allemand. Chaque soir je lui donnais un peu de ma soupe supplémentaire que je recevais de la petite Rachel et qu’il réchauffait et surveillait sur l’unique poêle, très convoité, de la baraque. Il ne pouvait pas la quitter des yeux, elle était si précieuse, et les chapardages très fréquents ! Nos camarades se pressaient autour du poêle dès le retour du travail pour faire sécher leurs vêtements mouillés par la pluie ou par la neige fondue. Certains y faisaient griller de fines tranches de pommes de terre, convaincus que grillées elles avaient davantage de consistance et calmaient mieux leur faim. Des illusions de ce genre et bien d’autres faisaient partie de notre existence.

De temps en temps il y avait des tentatives d’évasion. Elles étaient rares, vouées à l’échec, et les sanctions infligées sévères. Un de nos gardiens, particulièrement machiavélique, ordonnait par jeu à un déporté, sous un prétexte quelconque, de s’éloigner du chantier. Aussitôt il était arrêté par les hurlements et des coups de sifflet, et accusé d’avoir tenté de s’évader. Un de mes amis français fut ainsi condamné à vingt-cinq coups de bâton. Au premier, sous la douleur, il s’est écrié :
« Merde ! » qui fut interprété par son bourreau comme Mörder (assassin). De rage il a été frappé de plus belle et en piteux état transféré dans un autre camp.

Aux personnes malades il était conseillé de se faire affecter au « sanatorium » où de meilleurs soins leur seraient dispensés ! La véritable destination, nous l’avons compris plus tard, tout comme les transferts dans un autre camp, était la chambre à gaz.

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