Lorsque le train est reparti et a emporté Maman et Erika, j’ignorais heureusement le sort qui les attendait. L’horrible vérité, je l’ai apprise un an plus tard. Après l’arrêt à Kosel, elles avaient été acheminées directement vers les chambres à gaz de Birkenau.

Notre groupe, composé d’environ 250 hommes, fut conduit au camp de Tarnowitz, un des quarante-six camps satellites faisant partie de l’organisation Schmelt. Nous y avons trouvé des déportés provenant de presque tous les pays d’Europe envahis par les nazis. À l’une des extrémités, il y avait une baraque réservée à une trentaine de femmes, chargées de la maintenance du camp et de la cuisine. Leur présence m’a fait espérer que Maman et Erika se trouvaient non loin de là dans les mêmes conditions, ce qui me paraissait logique. J’ignorais alors que rien ici ne fonctionnait suivant une logique commune.

À travers le grillage qui nous séparait, une jeune fille, chétive et pâle, m’a souri. Nous avons parlé de nos familles, partagé l’inquiétude de notre devenir. Son doux regard posé sur moi me fut d’un grand réconfort, et sa sollicitude dans ce milieu hostile m’a rappelé la fréquente bénédiction de ma grand-mère :
« Que la bienveillance de ton prochain t’entoure et que Dieu te protège ! »
J’ai réalisé à ce moment-là le sens profond de ses invocations fréquentes qui m’ont suivi au cours de ma vie.

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Copyright 2007 Patrick Benichou