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Le voyage paraissait n’en plus finir, et l’angoisse grandissait au fur et à mesure. Dans ces sinistres wagons, l’odeur était irrespirable. Affamés, assoiffés, les gens pleuraient, gémissaient, certains frisaient l’hystérie. Plus tard, j’ai appris qu’à l’arrivée on comptait parfois jusqu’à trente morts par wagon. Pour la majorité, ce fut le dernier voyage. Nous nous trouvions dans un état d’épuisement total physique et moral quand, après plusieurs jours de voyage, le train s’est arrêté en rase campagne près de Kosel, dans la région d’Auschwitz en Haute-Silésie. Les portes des wagons furent ouvertes avec fracas. L’aboiement des chiens se mêlait aux hurlements des SS ordonnant aux hommes valides de dix-huit à quarante ans de sauter sur le ballast, à plus d’un mètre cinquante du sol : « Schnell, schnell ! Raus ! » C’est dans ce vacarme et une panique infernale que les familles ont été séparées. Bien que n’ayant pas encore dix-huit ans, sachant que je ne pouvais être d’aucun secours pour ma mère et ma sœur, je ne voulais pas rester avec les enfants et les personnes âgées et souhaitais me joindre aux hommes valides. J’ai dû m’arracher à l’étreinte de ma mère. Devant mon insistance, elle a finalement cédé. Me serrant contre elle, le visage baigné de larmes, elle mit autour de mon cou en un geste purement symbolique son carré de soie, que j’ai réussi à garder précieusement quelque temps. Notre séparation fut un véritable déchirement. Tous les déportés n’ont pas eu le privilège de pouvoir embrasser leurs proches avant l’ultime séparation. J’entends encore les cris et les pleurs des familles désunies. Les vociférations des SS, les aboiements des chiens laissaient peu de temps à de longues effusions ! |
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Copyright 2007 Patrick Benichou