Drancy, antichambre de la mort, début de la descente aux enfers, avec ses murs noircis de messages déchirants de révolte, de résignation, d’amour et même parfois d’un surprenant courage, qui s’adressaient aux êtres aimés, abandonnés et restés sans nouvelles. Deux de ces inscriptions m’ont marqué et restent dans ma mémoire jusqu’à ce jour :
« On entre, on crie, c’est la vie. On crie, on sort, et c’est la mort.
»
La seconde, comme une lueur d’espoir, m’a souvent redonné le courage de continuer à lutter, même dans des moments insupportables :
« Quand il n’y a plus rien à espérer, c’est là qu’il ne faut pas désespérer. »
L’espoir est l’ultime devoir lorsque aucune issue n’apparaît à l’horizon.

Le 4 septembre 1942, par le train no D901/23 du convoi no 28, à 8 heures 55, Maman, Erika et moi avons quitté Drancy par la gare du Bourget, pour une destination inconnue. Ce train emportait 999 personnes. En 1945, seuls vingt-cinq hommes et deux femmes ont survécu.

C’est dans des wagons cadenassés, prévus pour « 8 chevaux ou 40 hommes », avec pour toute aération des petites ouvertures grillagées, que furent entassées environ soixante-dix personnes, femmes, enfants de tous âges, hommes, vieillards et invalides. Au sol se trouvait un peu de paille et dans un coin deux seaux, l’un contenant de l’eau potable, l’autre, devant lequel nous avions suspendu une couverture, prévu pour les besoins naturels. Il était devenu évident que notre destination ne pouvait pas être un camp de travail comme on essayait de nous le faire accroire !

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Copyright 2007 Patrick Benichou