Dans bien des domaines, ces années furent pour moi très enrichissantes. Enfin j’ai pu mettre à profit mes connaissances techniques et appliquer les progrès ininterrompus qui me passionnaient. Les simples petites machines manuelles du début sont devenues avec le temps d’énormes machines électroniques et automatiques.

Au cours de mes activités il m’a été donné de rencontrer et d’apprécier des personnes de différents milieux. Je me sentais proche de mes employés et appréciais leur réciprocité.

Pour moi, qui dès l’âge de 17 ans avais été banni de la société policée pour être propulsé dans un monde brutal, privé de toute humanité, c’était d’autant plus important. Je me suis toujours refusé à regarder ceux que je côtoyais quotidiennement avec la perception qui avait été la mienne quelques années auparavant. J’aurais pu avoir perdu définitivement toutes mes illusions, mais aussitôt après mon retour il m’a fallu rapprendre à rester ouvert et faire confiance à l’homme.

Lors de la cession de l’usine en 1990, elle était florissante. Et ce n’est pas sans nostalgie que j’ai transmis à mon successeur le résultat d’une réelle réussite professionnelle.

Anick, notre fille unique est venue au monde en 1954. C’était un bébé superbe….

Sur une des multiples photos que j’ai prises d’elle quelques heures après sa « venue », elle semblait déjà me sourire. Sa naissance fut pour nous une joie immense.

Certes devenir père ou mère ne constitue pas un exploit ! Mais pour nous, survivants de la Shoah avoir des enfants relève de l’accomplissement de notre survivance.

Avec curiosité Anick écoutait les conversations que nous avions avec nos amis. Sa chambre jouxtant notre salon.

J’étais soucieux de savoir tout ce qu’elle pouvait capter de nos entretiens qui portaient le plus souvent sur les camps, la guerre et cette foule d’événements, encore si proches de nous. Ce qu’elle a pu entendre pouvait créer chez elle le traumatisme des enfants de déportés, ce que j’aurais tant souhaité éviter !

Je crains qu’Anick enfant de la deuxième génération, ne fasse pas exception !

Comme pour beaucoup de parents, notre bébé était le plus beau. Elle était facile.

Nous la transportions dans un couffin partout où nous allions. Chez les amis elle dormait et lorsque nous partions, souvent tard dans la soirée, elle soulevait sa tête, nous souriait et se rendormait. Elle est devenue une petite fille absolument adorable et réellement jolie.

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Copyright 2007 Patrick Benichou