Mais ce travail m’a permis d’emprunter l’argent nécessaire à l’achat d’un appartement et offrir à ma petite famille des conditions de vie plus conformes à mes voeux.

Après de recherches nous avons trouvé avec difficultés un logement de trois pièces mais dans un état de grande vétusté. Il m’a fallu me transformer en dehors de mes heures de bureau, en maçon, menuisier et carreleur pour le rendre habitable. J’étais épuisé, mais fier des résultats. Notre premier vrai appartement nous semblait luxueux, nous avions une vraie salle de bain et un jardin privatif, rapidement fleuri par Jackie.

Tout était prêt pour accueillir notre enfant !

Après six années de collaboration, durant lesquelles j’ai acquis une bonne formation commerciale, j’ai quitté Monsieur Perl.

C’est alors qu’un ami m’a fait rencontrer un artisan dont la santé était déficiente et qui travaillait dans un désordre invraisemblable. Il avait des difficultés croissantes par suite de la normalisation du marché et se heurtait à une concurrence de plus en plus agressive. A tout cela venait s’ajouter de nouvelles et plus sévères contraintes fiscales d’après guerre. Pour compléter cette situation peu favorable il allait être

expulsé de son atelier qui se trouvait dans le quartier insalubre de Belleville.

Malgré toutes ces embûches j’ai accepté de m’associer avec lui, entrevoyant des perspectives prometteuses dans la transformation de matières plastiques qui constituait son activité.

Durant de longues et dures journées, souvent séparé de ma femme et de mon enfant, je me suis attelé à remettre cette affaire bien fragile, en ordre et en état de bonne marche.

A la faveur de l’aide accordée par le gouvernement aux moyennes et petites entreprises, afin de les encourager à la décentralisation de Paris engorgé, j’ai obtenu un prêt pour m’installer en province. Avec le concours d’André Rossi, député de l’Aisne, devenu un ami, j’ai acquis un terrain dans un village du Soissonais qu’il affectionnait particulièrement. Cette petite bourgade se mourait lentement à la suite de l’exode de ses habitants vers les grandes villes. Il n’existait aucune entreprise industrielle à 20 kilomètres à la ronde et l’agriculture nécessitait de moins en moins de main d’oeuvre.

Sur ce terrain j’ai construit un spacieux atelier et embauché aussitôt 20 ouvriers, apportant un début de solution au problème du chômage. Après trente-cinq années d’efforts, l’atelier du début est devenu une usine composée de plusieurs bâtiments avec un effectif de plus de 300 personnes.

Bien que cocasse, je suis tenté de comparer sa croissance au modeste garage à vélos du début, converti progressivement en parking pour des dizaines de voitures automobiles.

La Société française a considérablement évoluée durant cette dernière décennie, c’était l’époque des « Trente Glorieuses »

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Copyright 2007 Patrick Benichou