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Ces années passées dans notre studio furent des années de bonheur ! Dès les beaux jours, le soir venu, souvent nous nous accoudions au bord de l’unique et étroite fenêtre pour voir par-dessus des toits la pointe de la tour Eiffel. A l’époque la « Dame Eiffel » n’avait pas encore sa parure de lumière d’aujourd’hui. Nos amis, qui le sont encore à ce jour, lorsqu’ils venaient, s ‘asseyaient parfois à six sur notre lit, siège privilégié, les autres se contentaient tout bonnement du plancher. Nous improvisions des pique-niques qui se terminaient tard dans la nuit, nos rires se mêlaient aux refrains que nous chantions de nos idoles de ce temps : Brassens, Montand et les autres… Bien souvent me trouvant à court d’argent, il me fallait rassembler toutes les bouteilles alors consignées pour des sommes modiques, me permettant d’acheter de quoi compléter notre repas frugal. Resté gourmand, lorsque je pouvais m’offrir un gâteau c’était le festin ! Réminiscence de mon enfance. La vie simple et modeste que nous menions me convenait, probablement parce que j’étais encore sous l’effet des années de privations que j’avais connues. Cette façon de vivre avait un certain charme et cependant ne pouvait se prolonger dans le temps. De la rue de l’Ouest où nous nous trouvions, nous allions souvent jusqu’à St Germain des Près. Ce quartier nous fascinait, il fourmillait de jeunes gens et tous semblaient avoir en commun une formidable joie de vivre. J’avais pourtant quelques difficultés à partager leur apparente insouciance ! Un soir inoubliable, Jackie tout émue m’a annoncé que nous allions avoir un enfant. Cette nouvelle m’a comblé de bonheur, ma jeune épouse allait m’offrir le plus merveilleux des cadeaux : un Bébé ! C’est alors, la chance aidant, j’ai rencontré Monsieur Perl. Je l’avais connu lorsque nous habitions en Belgique. Il me proposa un emploi dans son entreprise commerciale avec un salaire supérieur à celui que j’avais et la perspective d’une progression rapide. Avec empressement j’ai accepté. Pourtant le commerce m’attirait guère, j’aurais plutôt aimé utiliser mes connaissances techniques, ne pouvant oublier avoir été confronté depuis mon plus jeune âge aux quolibets antisémites et absurdes ; entre autre celui-ci : « Les juifs ne sont que de vils commerçants» ! Alors que Vienne était avant la guerre connu par ses nombreux et illustres médecins, avocats, écrivains et musiciens dont un grand nombre étaient juifs. |
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Copyright 2007 Patrick Benichou