A Toulouse j’avais rencontré Jackie, elle avait quinze ans, était très jolie, attachante et pleine de charme. Enfant, elle avait passé une partie de la guerre en Suisse. Pendant son absence, son père et son frère s’étaient engagés dans la résistance juive. Son frère Serge âgé de dix-huit ans s’était trouvé dans un maquis du côté de Grenoble.

Son père avait été arrêté à Nice en 1944 et déporté de Drancy par le convoi n° 69 vers Auschwitz. Sa mère, cachée par la résistance juive a échappé de justesse à la déportation. Une grande partie de sa famille a disparu durant ces années de tourmente.

Longtemps Jackie présentait la photo de son père à tous les survivants qu’elle rencontrait, espérant que l’un d’entre eux l’aurait croisé et pourrait lui donner de ses nouvelles.

Son père n’est pas revenu. Il laissait cette jeune adolescente en proie à un deuil difficile, parce qu’inadmissible.

La difficulté à admettre que des parents meurent dans ces terribles circonstances, laisse des séquelles indélébiles.

Jackie est devenue la compagne de ma vie.

Grâce à son amour, sa gaîté naturelle, sa douceur et sa qualité d’écoute, elle a réussi à m’insuffler progressivement le bonheur de vivre et surtout l’équilibre dont j’avais besoin. Elle a toujours su faire preuve de compréhension et de patience , dont j’avais particulièrement besoin après ce que j’avais vécu.

Devenu français par naturalisation en 1948, j’ai fait mon service militaire en 1950 au 8ième Régiment de Transmission. Court intermède ne me laissant pas un souvenir particulièrement plaisant en raison des difficultés matérielles auxquelles j’avais à faire face.

Mon travail d’enseignant avant mon service militaire me satisfaisait pleinement, malgré la modicité de mon salaire. Mais j’avais la ferme intention dès ma démobilisation, de trouver un autre emploi mieux rémunéré.

Jeunes mariés nous habitions un petit studio près de Montparnasse, composé d’une kitchenette et d’un minuscule cabinet de toilette. Des amis nous avaient prêté de quoi le meubler : deux chaises, une table pliante, d’une instabilité telle qu’il fallait éviter de la heurter au risque qu’elle ne s’écroule…et pour terminer, un sommier et son matelas, confortables certes, mais tellement encombrants qu’ils touchaient presque la porte d’entrée.

Page précédente

Page 82 Page suivante

Copyright 2007 Patrick Benichou