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La première nuit à Noé, mon voisin de châlit s’est tailladé les veines des poignets. Le bruit des gouttes de sang tombant sur le sol en cadence régulière m’a réveillé. J’étais paralysé de frayeur. La gravité de notre situation m’est alors apparue dans toute sa dimension. Ce malheureux, sauvé in extremis, a été déporté avec nous. Le lendemain furent annoncés les noms des personnes destinées au départ pour Drancy. Seuls Erika et moi étions sur la liste, mon père avait été finalement reconnu intransportable, et Maman autorisée à rester auprès de lui. Quel dilemme pour une mère de devoir choisir entre laisser partir ses enfants vers l’inconnu ou abandonner son mari souffrant !
En larmes, mon père
a encouragé sa femme à nous accompagner. Cette séparation tragique restera
un souvenir inoubliable. Le voir pleurer pour la première fois fut pour
moi une indescriptible et durable affliction. Aujourd’hui, après tant
d’années, je ressens encore son étreinte, cette étreinte qui fut la
dernière. Avec une tendresse infinie, il m’a enveloppé dans son manteau,
bien trop grand pour moi, et m’a dit en m’embrassant : |
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Copyright 2007 Patrick Benichou