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Le trajet de Marseille à Revel me paraissait interminable. Mon esprit vagabondait : et si par un miracle insensé Erika était encore vivante ? Eventualité si peu probable ! Mais en revanche je retrouverais certainement mon père. Il aurait vieilli et serait affaibli par la maladie et l’inquiétude. Mais il serait là ! Il m’attendrait sur le quai de la gare. Lors de notre séparation j’avais vu pour la première fois ses larmes couler. Aujourd’hui il serait ému de bonheur en me serrant dans ses bras. J’étais impatient de retrouver à nouveau l’amour et la protection paternelle qui m’avaient si cruellement manqué ces dernières années. Derrière la fenêtre, le paysage familier et paisible défilait sous un soleil radieux. Enveloppé par sa douce chaleur, mon esprit remontait le temps. Me revenait en mémoire au rythme du train, le souvenir de mon premier contact avec la France : son accueil si généreux – le sentiment illusoire d’avoir gagné un lieu sûr et protégé – mais également sa trahison. Le train à peine arrivé en gare de Revel, je cherchais de tous côtés mon père. Mais il n’y avait personne pour m’accueillir. A ma grande déception se mêlaient mon inquiétude. Je ne m’attardais pas et me rendis aussitôt à Padouvenc Notre Dame, le quartier où habitaient la plupart de mes amis. Tata Crayol était chez elle. Mon arrivée ne semblait nullement la surprendre : la Mairie l’avait avertie de ma libération sans lui préciser le jour de mon retour. Les traits de son visage s’étaient creusés. A son regard empreint de tristesse, de la façon affectueuse dont elle mit ses bras autour de mes épaules, j’ai compris que Papa n’était plus de ce monde. Avec des mots doux et tendres, elle me raconta sa détresse : Quelques semaines après notre départ, il avait été libéré du camp de Noé et dés son retour à Revel, admis à l’hospice. Il devait probablement connaître l’existence des camps d’extermination, aussi avait-il cessé de prendre soin de sa santé qui déclina rapidement. |
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Copyright 2007 Patrick Benichou