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Dès lors nous étions un peu plus à l’aise et ressentions une vive sympathie pour Tata Crayol. Nous l’appelions ainsi comme les nombreux autres enfants qui l’entouraient. Nos relations devenues plus intimes, je lui ai demandé ce qui lui avait inspiré sa réponse lors de notre première rencontre. Elle m’expliqua alors qu’étant catholique fervente tout comme Pauline, elle avait voulu calmer son inquiétude et que tout naturellement ce propos lui était venu à l’esprit. L’arrivée de ce flot de réfugiés dans ce petit coin paisible de France, où les gens n’avaient certainement jamais vu de Juifs, pouvait certes provoquer de la curiosité, mais une telle inquiétude était affligeante et inattendue. Tata Crayol est restée durant toute sa vie une amie. Elle était pleine de courage et d’abnégation. Engagée volontaire à dix-huit ans pendant la première guerre mondiale comme infirmière, elle avait soigné avec dévouement un jeune militaire Paul Crayol, très gravement blessé, et s’était éprise de lui. Malgré son infirmité, paralysé des pieds à la taille, ils s’étaient mariés après les hostilités et installés à Revel, où Paul était né. Ils s’aimèrent durant vingt-trois ans. Ne pouvant avoir d’enfants, ils en avaient adopté trois. Paul était la bonté même, consacrant tout son temps aux personnes défavorisées. Le couple était apprécié et cité en exemple dans tout le village. J’ai toujours regretté de ne pas avoir connu cet homme exceptionnel, mort quelques mois avant notre venue. |
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Copyright 2007 Patrick Benichou