L’Armistice a été conclu en juin 1940, et la France fut divisée en deux grandes zones. Revel se trouva heureusement dans la zone « non occupée » par l’armée allemande, sous l’autorité du régime de Vichy avec Pétain comme chef d'État.

À la gare, sous un chaud soleil d’été, de nombreux habitants étaient là en curieux. La plupart des femmes, vêtues de noir, parlaient avec l’accent du midi un patois qui résonnait à mes oreilles comme de l’espagnol. Parmi ces personnes se trouvait Pauline Sarda. Spontanément elle proposa à mes parents, dès notre descente du train, de prendre Erika et moi pour la nuit chez elle, afin de nous éviter de dormir sur la paille, dans les granges réquisitionnées par la mairie pour les réfugiés qui arrivaient en nombre. En nous rendant à sa maison, nous avons rencontré une villageoise qui lui dit sur un ton méfiant :
 « Il paraît qu’il y a beaucoup de Juifs parmi les réfugiés ! »

 

La méconnaissance nourrit souvent l’appréhension, parfois même l’hostilité !

Ce fut un réel choc, nous nous attendions si peu à entendre une telle remarque dans ce lointain Sud-Ouest de la France ! En nous présentant à sa voisine, Louise Crayol, Pauline Sarda lui répéta ce qu’elle venait juste d’entendre :

« À ce qu’il paraît, il y aurait des Juifs parmi tous ces gens. Est-ce possible ? »

– Je ne comprends pas votre frayeur Pauline, vous semblez oublier que notre Seigneur Jésus-Christ était juif lui aussi ! »

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Copyright 2007 Patrick Benichou