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Du premier groupe d’une cinquantaine de spécialistes, sélectionné par Bonzius dans la quarantaine, nous n’étions plus que vingt ! Enfin nous échappions à l’odieuse emprise de Bednarek et aux interminables appels du matin et du soir. Soulagé de ne plus subir les fréquentes sélections, de nous trouver loin des chambres à gaz et fours crématoires. De ne plus respirer l’entêtante odeur que les fours dégageaient mais aussi nous trouver éloignés de l’orchestre au son duquel nous partions et revenions du travail. Sont venus se joindre à nous environ 250 hommes et 35 femmes. Celles-ci se trouvaient dans un bâtiment séparé des hommes par un grillage. Après avoir travaillé durant vingt mois à l’extérieur, je me trouvais pour la première fois à l’abri des intempéries et des violences permanentes. La nourriture était légèrement améliorée et le plus apprécié et inattendu des changements fut un dimanche de repos sur deux. Les gardiens étaient moins agressifs, le Commandant du camp, le SS Loukachek semblait avoir déversé sa hargne sur des précédents détenus. Ses préoccupations majeures étaient de ne pas être envoyé au front russe et trouver assez de boissons alcoolisées pour se saouler. La présence quotidienne d’employés civils de l’entreprise Siemens-Schuckert et leurs besoins impératifs d’une production régulière ont contribué à nous rendre la vie moins dure. Comme ancien, j’ai eu le privilège de pouvoir choisir la taille de la machine sur laquelle je devais travailler. J’ai choisi la plus petite, croyant pouvoir la maîtriser plus facilement. Cette appréciation s’est avérée fausse, la dimension n’avait aucun rapport avec la difficulté des produits à réaliser, bien au contraire. Lors de la fabrication de ma première pièce, je me suis trompé de dix millimètres. Cette énorme erreur m’a valu un sévère avertissement du contrôleur allemand : - «Une deuxième faute et tu te retrouveras à Auschwitz ! » Sa menace fut efficace, je ne me suis jamais plus trompé ! Des relations plus confiantes, plus solidaires s’étaient établies entre nous. La présence des femmes a grandement contribué à changer l’atmosphère et nous a réconfortés. Elles avaient toutes un comportement admirable et une grande dignité. Pourtant, leur vie dans cet univers était infiniment plus éprouvante que pour les hommes. |
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Copyright 2007 Patrick Benichou