Avec ma sœur je découvrais les grands magasins. Nous étions subjugués par l’étalage des variétés de fruits, particulièrement en hiver, comme les cerises et les fraises, ou les pommes d’un vert brillant, appelées « granny smith », et surtout les monceaux de dattes, mon fruit préféré, vendues ici au kilo à un prix dérisoire, alors qu’à Vienne, fruits « exotiques », on les achetait à la pièce. J’en ai mangé jusqu’à l’indigestion. L’abondance en Belgique était nettement visible.

Autre découverte attrayante : le cinéma « permanent ». Pour un franc on avait le loisir de voir et revoir un film, alors qu’à Vienne les sièges étaient numérotés, et la durée limitée à une seule séance. Trop jeune, je n’y suis allé que très rarement. Ici mes parents m’accordaient davantage de liberté. Le petit garçon de notre départ de Vienne était devenu un adolescent.

À la suite d’un concours, j’ai eu la chance d’être admis dans une école technique, ouverte seulement pour une centaine de jeunes. Parmi les enseignants, également des réfugiés, se trouvaient des professeurs d’université qui se montrèrent, à juste titre, très exigeants. Nos huit heures d’étude par jour consistaient à nous donner le plus possible de connaissances en anglais, espagnol et français, sans oublier la physique, les mathématiques et le dessin industriel. L’objectif était de nous doter d’une formation aussi éclectique que possible, cette formation devant plus tard nous servir pour des études plus poussées. Je suis profondément reconnaissant à ces professeurs pour tout l’enseignement reçu durant cette période et qui m’a beaucoup aidé par la suite.

Page précédente

Page 60 Page suivante

Copyright 2007 Patrick Benichou