Le récit de Paul ne s’arrête pas à la libération et à son retour.
A peine arrivée en France, il avait eu la douleur d’apprendre que son père était mort à l’hôpital de Revel peu après la déportation de sa femme et de ses enfants.
De ses difficultés dans les années qui ont suivi, de sa volonté d’apprendre et d’entreprendre, il parle peu. C’est pourtant un long et difficile parcours qu’a été le sien, se retrouvant en France sans famille, sans relation, sans argent, sans formation professionnelle ni diplôme.
Il ne dit pas combien il lui a fallu d’énergie et de courage pour s’intégrer dans un pays qu’il ne connaissait qu’à travers la vie d’une petite ville.
Après avoir suivi une formation d’ingénieur qu’il termine dans un établissement de l’ORT, il y est resté quelques années comme professeur. Très apprécié, il aurait pu y faire carrière. Mais conscient de ses capacités, il souhaitait trouver un emploi où il puisse avoir des responsabilités. Engagé dans un petit atelier comptant une vingtaine d’ouvriers, il est devenu rapidement associé de cette affaire, avant d’en être chef de cette entreprise.
Lorsqu’il a vendu trente ans après, regretté de tous, cette usine employait 300 ouvriers et se trouvait parmi les plus modernes et importantes dans son domaine.
Ce n’est pas sans une certaine nostalgie qu’il a renoncé à se séparer de   ce qu’il avait créé au cours de ces années de travail avec une équipe qui lui était très attachée, mais il songeait à sa famille et tenait à servir des causes essentielles pour lui, auxquelles il n’avait pu jusque-là se consacrer comme il l’aurait souhaité.
C’est au sein de l’Association France-Israël, dont il devint vice-Président qu’il œuvre maintenant pour l’amitié entre ces deux pays, conciliant ainsi l’amour qu’il porte à son pays d’adoption, la France, et sa foi en Israël, où il avait été tenté de s’installer au retour de sa déportation.
  Mais davantage encore, c’est l’entretien de la Mémoire de la Shoah et de la déportation qui accapare son temps : déjà actif dans diverses associations d’anciens déportés, il témoigne de plus en plus souvent dans des établissements scolaires pour que les nouvelles générations, qui n’ont pas vécu ces événements, prennent conscience et sachent ce qui s’est passé  en tirent la leçon.

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