Relâchés à la tombée du jour, nous avons réussi sans autre anicroche à traverser la frontière belge et à prendre dans une petite gare un train pour Bruxelles. Maman nous a alors distribué les sandwichs préparés à la maison. Stoïquement, malgré ma faim, j’ai refusé le mien. Il contenait du saucisson qui n’était pas kasher. La consommation de viande kasher était évidemment interdite par les nazis, et étant à présent dans un pays libre je voulais respecter ma promesse faite à ma grand-mère.

La famille Grünblatt, nos amis viennois, nous a affectueusement reçus, heureux de nous revoir sains et saufs. Leur chaleureux accueil nous a réconfortés. Ils disposaient d’un minuscule trois pièces où ils s’entassaient déjà à quatre. Pourtant ils nous ont offert l’hospitalité, et nous dormions sur des matelas à même le sol, le temps de trouver à nous loger.

La plus grande partie des journées se passait dans les rues, le nez en l’air à l’affût des affiches : « Appartement à louer ». Cela nous a permis de faire connaissance avec cette belle ville, tellement différente de Vienne. Nous étions habitués en hiver à un froid sec et à la neige, mais ici une pluie fine tombait d’une façon presque ininterrompue. Mes chaussures neuves ont fini par prendre l’eau rendant mes chaussettes tout le temps humides.

Enfin nous avons trouvé une petite maison typiquement belge, dans l’agréable quartier d’Ixelles. Avec ardeur, Erika et moi avons déballé le conteneur arrivé entre-temps. Mais à notre entrain se mêlait une profonde mélancolie due à notre nouvelle situation de réfugiés.

Avec le peu de sérénité revenue, nous avons tenté de reprendre une vie relativement normale. Les Belges étaient avenants et courtois, contrairement aux Autrichiens que nous venions de quitter !

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