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Pour ce faire, alors que la
plupart de ses camarades espérant échapper aux travaux les plus pénibles
se disaient étudiants, il avait déclaré à son arrivée au camp, ce qui
naturellement n’était pas vrai, qu’il avait une formation de métallurgiste
et qu’il était donc qualifié pour travailler dans une usine. Il fallait
pour cela beaucoup de présence d’esprit et aussi beaucoup d’audace. Il
savait en effet qu’on allait lui faire faire un essai et que cet essai ne
serait pas très concluant. Ce fut bien évidemment le cas, mais il devait
porter en lui quelque chose de particulier, un désir de vivre, une faculté
de donner à penser à son interlocuteur qu’il serait capable d’apprendre.
Amoureux d’une jeune fille qui faisait
partie de notre petit groupe de femmes, Paul renonce à s’évader durant la
« marche de la mort » ne voulant pas la laisser en danger derrière lui.
Elle ne voulait pas le suivre parce qu’elle avait l’espoir de retrouver
son frère également déporté. C’est avec difficulté que Paul l’a
effectivement retrouvé au camp de Gleiwitz où nous nous sommes arrêtés
avant notre embarquement sur les trains.
Lui-même évoque cette idylle avec
cette jeune fille, ce qui m’autorise à en parler et à dire combien nous
étions tous émus par l’amour de ces deux jeunes gens.
Cette histoire très romantique nous
montrait que, même au camp, il y avait place pour des sentiments purs et
désintéressés. Elle apportait à chacun d’entre nous, une part de rêve qui
faisait tellement défaut dans notre vie misérable.
Lorsqu’en janvier 1945 l’Armée
soviétique approchant d’Auschwitz, nous fûmes tous poussés sur la route
dans une longue marche forcée vers l’Ouest, il n’hésita pas à prendre le
risque de sauter du wagon avec un de ses camarades dans l’espoir de se
cacher jusqu’à l’arrivée des soldats russes. Il savait pourtant que s’il
était retrouvé par les SS ou dénoncé par des habitants de la région, il
serait abattu sur place. Après quelques jours d’errance et de danger dans
la zone des combats, il a été libéré.
Il avait ainsi échappé à un transport de plusieurs jours en wagon
découvert, par un froid glacial, au cours duquel beaucoup de déportés sont
morts, de faim et d’épuisement. Cette évasion, jugée trop risquée par la
plupart, lui a permis de réduire de quelques mois sa déportation, pendant
lesquels le typhus et la faim ont provoqué la mort d’un grand nombre de
déportés, très peu de temps avant la fin de la guerre. Là où certains ont
hésité et renoncé, il avait eu l’instinct de se dire « j’ai une chance,
maintenant, tout de suite, je dois la saisir ».
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