La décision bien connue d’Hitler voulant rendre le Reich (Allemagne et Autriche) Judenrein, c’est-à-dire sans Juifs, y compris les convertis et les enfants issus de mariages mixtes, commençait à être mise en pratique. Les livres d’auteurs juifs et ceux dont la pensée n’était pas conforme à l’idéologie nazie furent systématiquement interdits. Par contre les œuvres faisant partie intégrante de la culture allemande et impossible à faire disparaître étaient alors attribuées à des « auteurs inconnus ». Henrich Heine* (1797-1856), mon poète préféré, devint alors un de ces « inconnus ». Toutes ses œuvres furent proscrites, à l’exception de la Loreleisage, poésie célèbre, apprise dans toutes les écoles et devenue un chant populaire.

Les arrestations des Juifs et des antifascistes commencèrent aussitôt. Ils furent internés dans le camp de concentration de Dachau, en Bavière, à vingt kilomètres de Munich. Nous avons commencé à présager le pire lorsque Madame Friedman, de notre immeuble, a reçu les cendres de son fils dans une urne, assassiné sous le fallacieux prétexte d’une tentative d’évasion de ce camp.

À l’école, dès le deuxième trimestre, les élèves juifs furent relégués aux derniers bancs de la classe, puis peu après regroupés dans des écoles qui leur furent réservées avec des enseignants juifs. Le climat ne se prêtait naturellement pas à un travail scolaire normal, nous étions trop perturbés par tous ces événements.

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