Comme une tornade, trois mois après ma Bar Mitzvah, le 12 mars 1938, l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie nous a submergés, mettant fin à notre vie tranquille. À la radio mon père et moi suivions avec une attention soutenue le déroulement des événements, notamment le voyage à Berchtesgaden du chancelier Schuschnigg, successeur de Dollfuss qui avait été assassiné en 1934, quelques mois après sa prise de pouvoir. Dès son retour du « nid d’aigles », Schuschnigg a déployé des efforts considérables pour organiser le plébiscite « pour ou contre » l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne qu’Hitler exigeait. Les antifascistes autrichiens ont essayé de le faire échouer. Un grand nombre d’affiches antinazies ont été placardées sur les murs, des slogans ont même été peints sur les trottoirs. Mais avant que le réfé­rendum ne puisse s’exprimer, l’Autriche fut annexée par les nazis.

Quelques jours plus tard, les femmes juives furent obligées, munies d’un seau d’eau et d’une brosse de nettoyer les trottoirs et d’arracher les affiches, afin de faire disparaître les traces de ces slogans antifascistes. Cette humiliation organisée dans chaque quartier par la jeunesse hitlérienne et les SA (sections d’assaut, en chemises brunes) était la plupart du temps accompagnée de sarcasmes et de quolibets. Puis furent appliquées les lois interdisant aux Juifs d’exercer un grand nombre de professions. Ces fonctions devenues disponibles ont été aussitôt accaparées par des « aryens ». La population semblait s’être parfaitement accommodée de la mainmise des nazis sur l’Autriche. Beaucoup d’Autrichiens oubliaient sciemment l’importante contribution apportée par leurs concitoyens juifs au développement culturel, scientifique et économique de ce pays depuis le Xe siècle.

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