![]() |
||
|
Ce dernier était un véritable tortionnaire. Il faisait pleuvoir des sévères coups de canne sur celui qui s’avisait de lever la tête de son travail, ne serait ce qu’un court instant. Torse nu, par un grand froid, en dépit d’un travail ininterrompu, nous ne parvenions pas à nous réchauffer. A ce rythme infernal beaucoup s’effondraient en peu de temps. Rapidement je me suis rendu compte que l’on s’acharnait davantage sur ceux qui leur semblaient être des « intellectuels. Bizarrement les porteurs de lunettes étaient classés parmi ceux-là. Aussitôt je me suis défait des miennes. Connaissant de par mon passé viennois les nazis, j’ai prétendu être menuisier comme mon père. Aussi surprenant que cela puisse paraître, la lutte des classes ne semblait pas s’être arrêtée aux portes de l’enfer ! Je m’étais fait un ami de mon âge, Dev. Il était hollandais, très isolé car ne parlant que sa langue maternelle et un peu d’allemand. Chaque soir je lui donnais un peu de ma soupe supplémentaire, qu’il se chargeait de réchauffer et surveiller sur l’unique poêle, très convoité, de la baraque. Il ne pouvait pas la quitter des yeux, elle était si précieuse et les chapardages très fréquents. Nos camarades s’y pressaient autour dès le retour du travail pour faire sécher leurs vêtements mouillés par la pluie ou par la neige fondue. Certains y faisaient griller de fines tranches de pommes de terre, convaincus que grillées elles avaient davantage de consistance et calmaient mieux leur faim. Des illusions de ce genre et bien d’autres faisaient partie de notre existence. De temps en temps il y avait des tentatives d’évasion. Elles étaient rares, vouées à l’échec et les sanctions infligées sévères. Un de nos gardiens particulièrement machiavélique ordonnait par jeu à un déporté, sous un prétexte quelconque de s’éloigner du chantier. Aussitôt il était arrêté par les hurlements et les coups de sifflet et accusé d’avoir tenté de s’évader. Un de mes amis français fut ainsi condamné à 25 coups de bâton. Au premier, sous la douleur il s’est écrié: "Merde !" Interprété par son bourreau par: "Mörder" ( assassin ). De rage il a été frappé de plus belle et en piteux état transféré dans un autre camp. Aux personnes malades il était conseillé de se faire affecter au «sanatorium» où de meilleurs soins leurs seraient dispensés ! |
||
| Page 47 | Page suivante | |
Copyright 2007 Patrick Benichou