-« Là où vous allez, les Allemands vous prendront tout. »

Effectivement, arrivés à Drancy, tous les biens ont été confisqués par des fonctionnaires en échange d'un reçu…

Il faudra attendre la commission Matteoli en 1997 pour tenter d’achever le problème de la restitutions des biens juifs.

La cité de la Muette à DRANCY, appelée très vite « Drancy la peur », réquisitionnée par les Allemands en juin 1940, était un bâtiment à peine achevé en forme de « U », transformé sommairement en un camp de rassemblement et de transit, à caractère concentrationnaire. Nous n’y sommes restés que trois jours, mais c’était largement suffisant pour prendre conscience de l’ampleur du désastre. La rumeur faisait croire que nous allions être « dirigés » d’un jour à l’autre vers un camp de travail, dans un pays de l’Est de l’Europe. Par dérision cette destination fut appelée, «Pitchipoï», ville imaginaire du folklore juif…..

L’atmosphère à Drancy était irrespirable l’hygiène était totalement absente, la nourriture répugnante. Les femmes, les hommes, les enfants, les vieillards, les malades se trouvaient dans les mêmes chambrées, couchés ou assis sur de la paille.

Dans les cages d’escalier, des hommes et des femmes s’accouplaient une dernière fois, sans pudeur, comme un défi lancé au destin. Très pudique, je me rappelle combien ces scènes m’avaient alors choqué... Aujourd’hui, je comprends et éprouve un sentiment de pitié, pour ces actes d’amour, commis dans le désespoir et le pressentiment de la mort.

Erika avait du mal à avaler la soupe infecte, servie en guise de repas du soir. J’insistais auprès d’elle pour qu’elle se nourrisse afin d’avoir la force de résister aux durs moments qui nous attendaient...

Maman fut surprise et émue par les conseils de sagesse que je donnais à ma soeur aînée, pensant probablement combien j’avais été choyé et protégé par elle.

L’émigration m’avait fait passer de l’enfance à l’adolescence, la déportation m’a rendu prématurément adulte.

Drancy, antichambre de la mort, début de la descente aux enfers, avec ses murs noircis de messages : déchirants de révolte, de résignation, d’amour et même parfois d’un surprenant courage, s’adressaient aux êtres aimés, abandonnés et restés sans nouvelles.

Deux de ces inscriptions m’ont marquée et restent dans ma mémoire jusqu’à ce jour.

- «On entre, on crie, c’est la vie. »  «On crie, on sort, et c’est la mort. »

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Copyright 2007 Patrick Benichou