Madame Sylvestre était jeune, belle et coquette. Durant les cours, elle portait souvent un chapeau. L’un d’eux, avec un pompon, me fascinait et la rendait à mes yeux plus séduisante encore. En fait j’étais amoureux, et elle s’en était certainement aperçue ! Cela devait certainement l’amuser et la rendre plus indulgente à mon égard. À ma grande joie, elle me fit cadeau d’un petit livre de chansons françaises dans lequel j’ai, entre autres, appris Marlborough s’en va-t’en guerre. Pour lui faire plaisir, je m’appliquais à bien travailler, sans imaginer qu’un jour le français me serait si utile.

Plus tard en Belgique, j’ai revu des pompons sur les képis des soldats belges. Ils m’ont fait penser à ma jolie Madame Sylvestre. La petite histoire raconte qu’un roi, ayant surpris un garde endormi, avait imposé cet ornement à ses soldats afin de les tenir éveillés.

En 1936, j’avais alors douze ans, avec un groupe de jeunes sionistes j’ai participé à la commémoration annuelle de la mort de Théodore Herzl, journaliste et écrivain. Il avait suivi le procès du capitaine Dreyfus à Paris, et, face à cette flagrante injustice, le sionisme « politique » est né sous son impulsion.

Herzl est mort d’épuisement à l’âge de quarante-quatre ans. Il avait consacré sa vie à la cause sioniste, s’y était donné corps et âme dans l’espoir qu’un jour son idéal deviendrait réalité ! Un de ses livres prémonitoires s’intitule État juif dans celui-ci figure la phrase : « Si vous le voulez, cela ne sera pas un rêve. »

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