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« Traités comme un vil troupeau. » « Embarqués pour une destination inconnue. » Ces deux phrases, à elles seules ne laissent aucun doute. Certains Français avaient parfaitement connaissance de la périlleuse situation des Juifs en France ! Présageant l’importance et l’influence que pourrait avoir la lecture dans les églises de ce témoignage profondément humain, les autorités ont donné l’ordre de faire passer les Juifs plus discrètement la nuit, par les villages ! Cela ne diminuait en rien les souffrances des familles et surtout la culpabilité des responsables. Les 8, 10, 24 août et 1er septembre 1942, 742 personnes ont été déportées du camp de Noé dont quarante-huit jeunes de moins de dix-huit ans. Quarante années plus tard, j’ai inauguré une stèle à la gare de Portet-sur-Garonne, à la mémoire de ces quarante-huit jeunes dont je suis le seul survivant. Il a fallu du temps ! Harassés après une nuit de train, nous sommes arrivés à Paris et avons été répartis dans des autobus, surveillés par des agents de la police parisienne, et conduits à Drancy, proche banlieue de la capitale. Durant le trajet, certains policiers nous ont perfidement suggéré de leur donner l’argent et autres objets de valeur que nous avions sur nous, affirmant : « Là où vous allez, les Allemands vous prendront tout. » Effectivement, arrivés à Drancy, tous les biens ont été confisqués par des fonctionnaires en échange d’un reçu… Il faudra attendre la commission Matteoli en 1997 pour tenter de régler le problème de la restitution des biens juifs spoliés.
La cité de la Muette à Drancy, appelée très
vite « Drancy la peur », réquisitionnée par les Allemands en juin 1940,
était un bâtiment à peine achevé en forme de « U », transformé
sommairement en un camp de rassemblement et de transit, à caractère
concentrationnaire. Nous n’y sommes restés que trois jours, mais c’était
largement suffisant pour prendre conscience de l’ampleur du désastre. La
rumeur faisait croire que nous allions être « dirigés » d’un jour à
l’autre vers un camp de travail, dans un pays de l’est de l’Europe. Par
dérision cette destination fut appelée Pitchipoï, ville imaginaire du
folklore juif… Dans les cages d’escalier, des hommes et des femmes s’accouplaient une dernière fois, sans pudeur, comme un défi lancé au destin. Très pudique, je me rappelle combien ces scènes m’avaient alors choqué… Aujourd’hui, je comprends et éprouve un sentiment de pitié pour ces actes d’amour, commis dans le désespoir et le pressentiment de la mort. |
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Copyright 2007 Patrick Benichou