Le 1er septembre, toujours gardées par des gendarmes, 170 personnes sont parties à pied de Noé pour la gare de Portet-sur-Garonne. Cette marche de quelques kilomètres fut éprouvante, surtout pour les personnes âgées et les mères portant leur bébé dans leurs bras. Il est impensable d’imaginer que les lamentations de cette colonne humaine aient pu laisser indifférents les témoins de ces scènes.

Informé de la souffrance endurée par ces « proscrits », l’archevêque de Toulouse, Jules-Giraud Saliège, a rédigé au début de septembre 1942 une émouvante lettre pastorale, lue dans toutes les églises de son diocèse dont voici le contenu.

 

Mes très chers frères !

Il y a une morale chrétienne, il y a une morale humaine qui impose des devoirs et reconnaît des droits. Ces devoirs et ces droits tiennent à la nature de l’homme ; ils viennent de Dieu. On peut les violer. Il n’est au pouvoir d’aucun mortel de les supprimer.

Que des enfants, des femmes, des hommes, des pères et des mères soient traités comme un vil troupeau, que les membres d’une même famille soient séparés les uns des autres et embarqués pour une destination inconnue, il était réservé à notre temps de voir ce triste spectacle. Pourquoi le droit d’asile dans nos églises n’existe-t-il plus ?

Pourquoi sommes-nous des vaincus ?

Seigneur ayez pitié de nous.

Notre-Dame priez pour la France.

Dans notre diocèse, des scènes d’épouvante ont eu lieu dans les camps de Noé et de Récébédou. Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Les étrangers sont des hommes, les étrangères sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et ces mères de famille. Ils font partie du genre humain. Ils sont nos frères comme tant d’autres. Un chrétien ne peut l’oublier.

France, patrie bien-aimée, France qui porte dans la conscience de tous tes enfants la tradition du respect de la personne humaine, France chevaleresque et généreuse, je n’en doute pas, tu n’es pas responsable de ces erreurs. Recevez, mes chers frères, l’assurance de mon affectueux dévouement.

Archevêque de Toulouse

Septembre 1942

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