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De ma famille paternelle je me souviens particulièrement du frère cadet de mon père, Max, grand gaillard s’occupant de la ferme. Pour aller à la synagogue le samedi, il prenait sur ses épaules son petit-neveu venu de Vienne, pour qu’il ne salisse pas ses chaussettes blanches et ses chaussures vernies, dans la boue d’une rue non asphaltée. Il avait de nombreuses sœurs, elles étaient mariées et avaient plusieurs enfants chacune, sauf la plus jeune, Dora qui était célibataire. Qu’elles étaient belles les familles d’antan ! Malheureusement je ne connais même pas leurs noms et j’ignore quel fut leur sort durant la tourmente. Elles ont été probablement englouties avec des milliers d’autres. Anéanties comme toutes les communautés de ces villes et villages, emportant dans l’au-delà leurs cultures, leurs usages et leur irremplaçable humour. Il ne reste, aujourd’hui, que le mémorial de la vallée des communautés disparues, où les noms de toutes ces villes d’Europe sont burinés dans les pierres de Yad Vashem, à Jérusalem. De la famille de ma mère ont survécu tante Klara, très âgée, qui vit en Floride, deux cousins dont Max, épargné après plusieurs années dans des camps de concentration, et Bert qui se trouve en Californie. Ironie du sort, son frère aîné Paul, soldat dans l’armée américaine, est mort lors du débarquement des alliés sur les plages de Normandie. Une de mes passions était le football. Mes amis et moi étions de fervents supporters de l’excellente équipe juive Hakoah. De fréquents heurts entre le public et les équipes adverses se produisaient durant les rencontres. Invités en 1933 pour une compétition aux États-Unis, presque la moitié des joueurs a choisi d’y rester. Judicieuse décision à la lumière des événements que connut l’Europe par la suite. |
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Copyright 2007 Patrick Benichou