Obligé de faire un grand détour, sa maison jouxtant la gendarmerie, je me rendis chez le docteur Ricalens, ne pouvant aller chez nos amis Brunel, Crayol ou Pauline au Padouvenc-Notre-Dame, nos bonnes relations avec eux étant trop connues. Lui seul pouvait se rendre auprès de mon père sans éveiller de soupçons. En possession d’une voiture, rare à l’époque, il aurait pu éventuellement me conduire à une cachette.

La domestique m’apprit que le médecin, malgré l’heure matinale, était déjà auprès d’une de ses malades. Désemparé, angoissé, ne sachant où aller, j’ai demandé à rester dans l’entrée qui faisait office de salle d’attente. Soudain, la sonnerie de la porte m’a fait tressaillir, au lieu de me cacher, instinctivement j’ouvris et me suis trouvé nez à nez avec deux gendarmes venant voir le docteur à mon sujet. Le Brigadier m’a interrogé avec agressivité :

« Tu t’appelles comment ?

– Paul ! 

– Paul comment ?

– Schaffer

– Ça fait un sacré bout de temps qu’on te court après, on t’emmène ! Tes parents sont arrêtés et déjà loin!»

J’étais naturellement effrayé et ne comprenais pas ce qui nous arrivait. En fait c’était les rafles du mois d’août 1942, en zone libre ! Ainsi s’est achevée ma tentative d’évasion. Tenu comme un malfaiteur fermement par les poignets, rouge de honte, j’ai dû traverser le village ! Ceux qui ont assisté à cette scène, pouvaient-ils imaginer que mon arrestation était due au seul fait que j’étais juif ? L’acharnement de ces gendarmes pour rattraper le jeune fugitif que j’étais alors paraît aujourd’hui incompréhensible ! Un peu de bonté, un peu d’humanité de leur part, et mon destin aurait été tout autre… Ils m’ont fait rejoindre, en voiture encadrée par deux gendarmes, le fourgon qui était déjà à Saint-Julia distant de dix kilomètres, dans lequel se trouvaient d’autres familles juives des environs, avec entre autres nos amis Berger et leurs trois jeunes enfants, dont la petite Susie âgée de trois ans, si mignonne avec sa tête blonde toute frisée. Mes parents et Erika furent consternés de me voir. Ils avaient tellement espéré que j’aie réussi à m’enfuir !

Après avoir accompli leur triste mission, les gendarmes nous ont conduits au camp de Noé, près de Toulouse. Nous étions profondément abattus, et personne ne parlait. Le discours d’accueil, glacial et menaçant du garde mobile commandant du camp, nous prévenant qu’il serait tiré à vue sur toute personne tentant de s’enfuir, a fini par nous démoraliser. Les femmes furent séparées des hommes.

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