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Ma grand-mère Feiga était une femme mince et énergique. Elle s’activait durant une partie de la journée dans son épicerie qui jouxtait la maison, tout en s’occupant de faire la cuisine, pour ses enfants et une ribambelle de petits-enfants. Son échoppe était un « bazar » comme il en existe encore de nos jours dans les campagnes. Dans les rayons, chacun pouvait trouver son bonheur. Cela allait de l’épicerie au fil à repriser, jusqu’aux grandes pièces de cuir vendues au détail pour le ressemelage des chaussures. Un coin faisait la joie des enfants du village : il y avait là une épaisse plaque en bois percée d’un grand nombre de trous, recouverte d’une jolie feuille de papier fleuri. Dans chaque trou se trouvait une boule de couleur différente. En perçant le papier à l’aide d’un tube, on retirait la boule et suivant sa couleur on avait droit à des bonbons, du chocolat ou toute autre friandise ! Au sous-sol du chalet il y avait un cordonnier, et, comme la plupart des hommes religieux, il avait une barbe qui le vieillissait. Il m’impressionnait parce qu’il avait un pied bot. Je n’en avais jamais vu auparavant. J’admirais l’habileté avec laquelle il savait remettre en état des chaussures tellement usées. Souvent, les plus pauvres, qui n’en possédaient qu’une seule paire, les attendaient patiemment pour repartir. Durant ce temps les discussions allaient bon train et se terminaient parfois par l’interprétation d’une sentence du Talmud, ce qui me laissait supposer que ce cordonnier et ses clients étaient érudits. |
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Copyright 2007 Patrick Benichou