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Jean Rouanet était Pétainiste, nos discussions, bien que difficiles, étaient naturellement animées ! Tout en améliorant mon français, elles me permettaient d’être au courant du déroulement de la guerre. Souvent je lui tenais tête, mais à sa manière il m’aimait bien. J’étais « son petit juif ! » Quand l’Allemagne a attaqué l’Union soviétique j’arrivais joyeusement au travail en l’assurant : - « Ca y est, l’Allemagne va perdre la guerre ! Rappelez-vous les guerres napoléoniennes ! » – - « Tais-toi, tu n’y connais rien ! » Il était visiblement agacé ! Catholique pratiquant, bon père de famille, il s’engagea plus tard, pour son malheur et celui des siens, dans la Milice. Il a été arrêté après la Libération et chassé de Revel. Il n’a rien fait pour me revoir après mon retour d’Auschwitz, moi non plus. Erika, avait également trouvé du travail comme apprentie aide-comptable dans la distillerie «Rayssac & Cie» et donnait des leçons d’allemand à Renée, la fille du docteur Roger Ricalens, médecin de mon père. Plus tard j’ai appris qu’il était résistant. Nous l’apprécions énormément et lui faisions entièrement confiance. Quelques jours avant la fin de la guerre en juillet 1944, les maquisards de la Montagne Noire voulant célébrer la fête nationale à Revel ont occupé provisoirement le village et installé des barrages sur toutes les routes des environs. Roger Ricalens revenant au petit matin de chez un malade, croyant avoir à faire à des miliciens, força un de ces barrages et fut tué par ses propres camarades au volant de sa voiture. Une rue de Revel porte son nom et un monument a été érigé à l’emplacement où eut lieu ce drame. Après la libération, le brigadier de Gendarmerie de Revel, accusé de collaboration avec l’occupant et poursuivi également pour son acharnement à m'arrêter, (voir chapitre de ma déportation) a prétendu au cours de son procès en 1945, que le Docteur Ricalens m’aurait dénoncé en 1942 lorsque je m’étais caché chez lui ! Ce gendarme ignoble n’ignorait pas les conditions de sa mort tragique, se permettant ainsi de le mettre en cause et ajouter à cet odieux mensonge, la trop fréquente excuse : - « Je n’ai fait que mon devoir, j’ai exécuté les ordres reçus ! » - Nombreux sont les gens qui estiment encore aujourd’hui obligatoire d’exécuter des ordres, quels qu’ils soient? |
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Copyright 2007 Patrick Benichou