Pour Paul Schaffer, c’est surtout le sentiment d’un devoir à accomplir avant de disparaître, quelles que soient les difficultés et la douleur que ce travail d’écriture et de mémoire lui ont imposés, qui l’a conduit à écrire le présent ouvrage.

Il ne s’agissait pas seulement de parler de la période particulièrement cruelle de sa vie, les persécutions en Autriche, la fuite en Belgique, l’exode vers la France, des années de vie clandestine, l’arrestation, la déportation avec sa mère et sa sœur, qui ont été gazées dès leur arrivée à Auschwitz. Il tenait aussi à évoquer la vie de famille avec sa sœur, ses parents et grands-parents ainsi que tous ceux qui avaient fait partie de son existence d’enfant, lorsqu’ils habitaient à Vienne avant l’anschluss. A tous, à travers son récit, il exprime sa reconnaissance pour le bonheur qu’ils lui ont donné et dont il a toujours conservé le souvenir au fond de son cœur, certes avec tristesse, mais aussi une très grande tendresse. C’était le bonheur simple d’un petit garçon au sein d’une famille unie, celui des vacances, des longues promenades et des goûters chez le meilleur pâtissier, c’était aussi la classe et les jeux avec ses camarades ou encore son attachement à sa collection de timbres à laquelle il tenait tant qu’il l’avait emportée avec lui, en cachette, lorsque la famille a été contrainte de fuir l’Autriche.

Le malheur qui s’abat sur sa famille comblée n’en paraît que plus dramatique, et les souvenirs ainsi retracés, des décennies plus tard, traduisent parfaitement la stupeur et le total désarroi qu’ont pu éprouver avant la guerre, les Juifs allemands et autrichiens, pourtant totalement intégrés, face aux persécutions.

De tous ces événements, Paul parle avec lucidité et sans concession mais sans amertume pour lui-même, seulement avec l’inquiétude et la douleur qu’il éprouve pour les siens tout au long de ces épreuves qui ont précédé le drame.
L’attention qu’il a toujours portée aux autres, plutôt qu’à lui-même, étonne chez un adolescent de cet âge. A chaque fois que ses parents sont contraints de fuir, de se cacher, tout en s’organisant pour recréer un nouveau cadre familial, le jeune Paul ne se plaint jamais, ne se laisse jamais abattre : il s’intéresse à tout, apprend le français et le travail d’ébéniste, puisqu’il ne peut aller en classe. Les relations avec la population de Revel, où la famille a trouvé refuge, en seront très favorisées. A l’aide courageuse que leur ont apportée certains habitants de cette petite ville du Sud-Ouest, il porte davantage d’importance qu’à l’attitude des gendarmes qui ont arrêté sa famille et se sont acharnés à le retrouver après une courte évasion.

Page précédente

Préface Simone Veil 3/7 Page suivante

Copyright 2007 Patrick Benichou