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Contrit d’avoir emporté ma collection sans l’autorisation de mes parents, je voyais surtout mon père observer cette scène avec inquiétude. Il avait caché sur lui des valeurs et craignait naturellement une fouille plus approfondie ! J’ignorais bien sûr ce détail à l’époque. Cette collection si précieuse pour moi je l’ai récupérée à mon retour des camps. Un jour, lorsque je l’offrirai à mon petit-fils Adrien-Benjamin, je lui dirais combien elle représente une partie de mon enfance. Relâchés à la tombée du jour, nous avons enfin réussi sans autre anicroche à traverser la frontière belge et prendre dans une petite gare, un train pour Bruxelles. Maman nous a alors distribué les sandwichs préparés à la maison. Stoïquement, malgré ma faim j’ai refusé le mien. Il contenait du saucisson qui n’était pas kasher. J’avais promis à ma grand-mère de manger à nouveau kasher. La consommation de viande kasher était évidemment interdit parles nazis et dès que je serais dans un pays libre je voulais respecter ma promesse. La famille Grünblatt, nos amis viennois, nous ont affectueusement reçus, heureux de nous revoir sains et sauf. Leur chaleureux accueil nous a réconforté. Ils disposaient d’un minuscule trois pièces où ils s’entassaient déjà à quatre. Pourtant ils nous ont offert l’hospitalité et dormions sur des matelas à même le sol, le temps de trouver à nous loger. La plus grande partie des journées se passait dans les rues, le nez en l’aire à l’affût des affiches : «Appartement à louer ». Cela nous a permis de faire connaissance avec cette belle ville, tellement différente de Vienne. Habitués en hiver à un froid sec et à la neige, ici une pluie fine tombait d’une façon presque ininterrompue. Mes chaussures neuves ont fini par prendre l’eau rendant mes chaussettes tout le temps humides.
Enfin nous avons trouvé une petite maison
typiquement belge, dans l'agréable quartier d’Ixelles. Avec ardeur, Erika
et moi avons déballé le conteneur que mon père avait réussi à expédier
juste avant de partir de la maison et arrivé entre temps. Mais à notre
entrain se mêlait une profonde mélancolie due à notre nouvelle situation
de réfugiés. Avec ma soeur je découvrais les grands Magasins. Nous étions subjugués par l’étalage des variétés de fruits, particulièrement en hiver: comme les cerises et les fraises ! Les pommes d’un vert brillant, appelées « granny smith » et surtout des monceaux de dattes, mon fruit préféré, vendues ici au kilo à un prix dérisoire, alors qu’à Vienne, fruit « exotique » on l’achetait à la pièce. J’en ai mangé jusqu’à l’indigestion. L’abondance en Belgique était nettement visible. |
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Copyright 2007 Patrick Benichou