MON ENFANCE A VIENNE
 

Il faisait froid et la neige recouvrait les rues de Vienne quand dans la nuit du jeudi 27 novembre 1924, seize mois après la naissance de ma soeur Erika, le Docteur KOCH, notre médecin de famille et une sage-femme délivraient ma mère de son second bébé. Le médecin la félicita et lui dit que son enfant avait l’apparence d’un bébé de huit jours. Elle en fut très fière. Elle avait alors vingt-trois ans.
Les médecins font probablement souvent ce compliment aux jeunes accouchées.

Mon grand-père maternel était mort deux années avant ma naissance. J’ai hérité tout naturellement de son prénom Paul, « Peissach » en hébreu, «Pâques ». La traduction anglaise « Passover » me convient mieux (Passer par-dessus.) Nombreux furent les obstacles que j’ai du surmonter durant mon adolescence!

Le prénom influencerait-il le destin d’un homme ? *

Ma mère me parlait souvent avec admiration de son père. A telle enseigne que je m’étais fait de lui une image d’un homme fort, grand et surtout très sage.
Une des anecdotes qu’elle m’a racontées, parmi tant d’autres m’a particulièrement impressionnée. C’était l’importance qu’il attachait à l’enseignement et à la connaissance.

Mon grand-père Peissach, construisait des voies ferrées. Cette profession était rarement exercée à l’époque par un juif orthodoxe, surtout en Galicie, sous l’Empire austro-hongrois. Son métier le contraignait d’aller d’étape en étape à travers les différentes contrées, avec ses ingénieurs et techniciens pour diriger les travaux.

Sa famille l’accompagnait dans ses pérégrinations, ainsi qu’un précepteur pour ses nombreux enfants.

Il refusait de les payer avec de «vulgaires» billets de banque, estimant que seules les pièces d’or, encore couramment en usage, étaient symboliquement dignes de rémunérer ceux qui transmettaient leur savoir à ses enfants.

A Vienne, notre vie quotidienne, était réglée au rythme du shabbat et des jours fériés.

Dès le jeudi, en prévision du vendredi soir, ma mère et ma grand-mère s’activaient à la cuisine, préparant plusieurs sortes de gâteaux, ainsi que la «halah», pain natté garni de graines de pavot, qu’on mangeait avec la fameuse carpe farcie et la classique poule au pot. Le goût ineffable des pâtisseries de ma mère me fait encore saliver aujourd'hui et je ne résiste pas devant un strudel aux pommes et autres friandises.


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Abraham et Sarah, en changeant leurs noms, changèrent également leurs destins.

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Copyright 2007 Patrick Benichou